04 septembre 2008

Entre le marteau et l'enclume...


Zaho.jpgJ'écoute beaucoup de musique et même si je suis ouverte à tous les styles, j'ai un penchant pour le Hip Hop, le rap et tout ce qui gravite autour. J'ai toujours été assez fascinée par la culture Hip-Hop. Aux Etats-Unis, elle est clairement bling-bling et les artistes n'aspirent qu'à se faire un paquet de billets, rouler en Hummer et se taper un maximum de b****. Les rappeurs américains viennent de la rue, de quartiers difficiles, ils ont même parfois appartenu à des gangs, mais leur flow est moins plaintif que celui de nos compatriotes français. Parfois hélas, il manque de pronfondeur car il a plus une vocation show off que celle de raconter ce qu'il se passe dans leur monde. Snoop Dogg en fait des tonnes, 50 cent ne sait plus ou ranger ses bijoux et Lil Wayne n'a plus une dents a lui, elles sont toutes en or ! Mais j'apprécie le côté à la fois combatif et puissant de leur musique.

En France, le milieu Hip Hop est différent. Il a depuis longtemps cristallisé une seule et même chose : le malaise des banlieues. Rapper si on n'a pas grandi dans une tour, c'est l'assurance de se faire renier par le milieu et de ne jamais percer. Parler d'autre chose que de ça dans ses morceaux, c'est être pris pour un bouffon. Singuila en parle dans l'une de ses chansons : "C'est pas bien pour un gars du hood, de faire des chansons d'amour, faut que je parle de ma tour".

Mais pourquoi le rap est-il aussi populaire alors ? Moi j'aime le Hip Hop américain pour son côté extravagant. Je trouve qu'il y a beaucoup d'humour dans l'attitude et les musiques sont souvent des bombes qui font danser et (me) donnent la pêche. Quant au rap français, j'ai plus de mal, surtout depuis qu'il est squatté par des marseillais à l'accent vulgaire, sans talent. Mais j'aime les courants musicaux qui s'en approchent et notamment le slam ou le R'n'B.

Ainsi j'aime beaucoup Zaho, algérienne intelligente et talentueuse qui a sû innover et créer son propre style en tirant le meilleur de ses racines (la chanson qu'elle a écrite pour Idir est une merveille). Elle a récemment participé à un morceau de Kerry James, feat le génial Grand Corps Malade. Ce titre, je le trouve fabuleux, il mélange tout ce que j'apprécie dans ce style musical et les paroles me touchent. Ou comment faire du rap avec classe et talent !

 

19 août 2008

There she is

05 avril 2008

J-13 - Puis, je suis devenue adolescente...

04 mars 2008

And the winner is...

1322150781.jpgHier soir je rentre chez moi après une très longue journée de travail. D'habitude ma concierge met mon courrier sous mon paillason mais le pli qui m'attendait était trop volumineux pour y rester. Il était expédié par le Centre National du Livre.

J'ai rangé mes courses, mangé, fait la vaisselle, laissant là ce pli qui ne m'intriguait pas plus que ça. S'il avait été estampié Française des jeux, nul doute que je l'aurai ouvert avant même de rentrer chez moi. Et pourtant...

Je l'ai finalement ouvert et j'y ai trouvé un beau livre sur l'univers, deux invitations pour la Salon du Livre accompagnés d'un courrier qui me disait en substance ceci : "J'ai l'honneur de vous annoncer que votre texte a été sélectionnée parmi les 50 gagnants du concours Ma ville comme je l'aime,...".

Ce concours a eu lieu entre septembre et décembre et comme j'aime écrire, je ne manque pas une occasion de le faire, j'avais donc envoyé un texte qui m'était venu un matin froid d'octobre.

J'avais complètement oublié ma participation à ce concours qui datait d'Octobre et ce courrier m'a fait doublement plaisir tant mon amour de l'écriture est fort. La remise de prix officielle aura lieu au Salon du Livre. Je n'y serai pas mais je garde au chaud ce petit moment de fierté, qui ne tient pas au texte mais plutôt au fait même d'avoir été lue et appréciée. Je vous livre les quelques lignes responsables de tout cela :

 Ma ville ne m'a pas vue naître, mais elle m'a vue mûrir
Elle n'est pas ma destination, elle est mon voyage
Ma ville est pays, elle est un continent
Elle n'est pas une, elle est multiple, elle est nous tous
Ma ville est épicée, elle est soleil, elle est mélange
Ma ville n'est pas facile, parfois elle tremble et moi je
tombe
Mais elle est comme moi, elle est debout, elle est vivante

16 mai 2007

La petite graine

Avis aux lecteurs (et aux coeurs sensibles). Cette histoire est un récit romancé, écrit dans le cadre d'une participation à un concours de nouvelles.

 Quand j’étais une enfant j’aimais écouter mes parents, tes grands-parents, me parler de leur histoire d’amour, de leur rencontre, me raconter le moment où ils se sont vraiment rendu compte qu’ils étaient faits l’un pour l’autre. Cela me rassurait, me sécurisait, je me sentais alors un enfant de l’amour, un enfant désiré, le fruit d’une fusion de deux cœurs imbriqués l’un dans l’autre. Je me sentais quelqu’un d’important puisque j’avais été planifiée, fabriquée et attendue pendant 9 mois. C’est pourquoi j’ai pensé que tu aimerais que je te raconte, comment ton papa et moi nous sommes rencontrés, comment cet homme est entré dans ma vie, pourquoi je ne n’arrive plus à l’en sortir…

medium_Graine_1.jpg   Aujourd’hui ton papa ne va pas très bien, j’ai parfois même l’impression qu’il va plutôt mal. Sa tête est malade, son cœur est triste, son esprit est noir, il croit que sa vie est finie, qu’il a tout gâché, que rien ne sera plus jamais comme avant parce qu’il a vu mes larmes, parce que nous nous sommes déchirés d’abord mais aussi parce que son autre bébé, sa société, qu’il a senti grandir au fond de lui et dont il a accouché il y a bientôt 10 ans, est en pleine tempête.  Il n’a jamais coupé le cordon avec ce bébé et il se nourrit de  bons de commandes, le travail coule dans ses veines, son cœur bat au rythme du chiffre d’affaires. Du coup, sa santé varie au fil de la croissance économique et depuis deux ans maintenant il ne vit plus…, il ne vit presque plus que pour ça en tout cas. Et pourtant il avait de quoi être fier.  Je me souviendrai toute ma vie de cette journée de septembre.

 J’avais alors 21 ans et je débutais ma première année d’école de commerce en alternance. L’alternance ça veut dire que l’on apprend un métier, mais au lieu d’aller à l’école tu l’apprends en travaillant dans une entreprise, comme ça tu comprends mieux les choses puisque tu les fais tous les jours. Tu vois ? J’étais malade ce jour là, une rage de dent terrible. Le dentiste m’avait donné des médicaments très forts pour faire taire la douleur et j’étais dans la lune quand j’ai pénétré dans les locaux pour y passer un entretien d’embauche. Cela ressemblait tout à fait à l’image que je m’étais faite d’une agence d’architecture et du haut de l’escalier en métal qui me faisait face, j’ai vu descendre deux grandes jambes moulées dans un drôle de pantalon en cuir. Ton papa m’a remarquée lui aussi, il me l’a souvent répété et puis aux autres aussi.

Tu le connais, il aime raconter les histoires, les rendre encore plus belles, il aime que tout le monde l’écoute les raconter et même si parfois il nous agace, tu dois admettre qu’il a du talent, qu’il sait nous garder attentifs. J’ai débuté la semaine suivante. Je n’étais qu’une stagiaire mais j’ai beaucoup appris. J’ai découvert le métier qui serai le mien, le commercial, la vente. J’étais jeune et j’avais soif de découvrir ce que je valais. Nous étions 8, j’étais la seule fille et j’aimais la valeur que me donnait cette situation. Tu vois, j’avais un peu l’impression d’être une princesse, d’être un objet précieux. En tout cas, ton papa m’impressionnait beaucoup, c’était le patron, mon patron. J’avais beaucoup de respect pour lui et j’avais l’impression de faire partie d’une grande famille, d’avoir ma place dans cette petite entreprise tellement originale.medium_Graine_Qinoa_Blanc.2.jpg

Tu le sais, on en a déjà parlé, ton papa n’était pas libre à l’époque, il était marié et il avait trois petits garçons. D’ailleurs cela ne m’importait pas. J’avais mis comme un sens interdit dans ma tête à un certain endroit de mes pensées. Je me censurais sans même m’en rendre compte. Je ne voyais pas encore l’homme en lui mais l’employeur. Il était intouchable.    Je serais incapable de définir exactement le moment où tout a commencé. Cela va peut-être te paraître bizarre mais j’ai l’impression qu’il a toujours fait partie de ma vie. Mais il faut bien commencer par quelque chose alors disons que mon premier souvenir date du 21 mars 2000. Nous avons passé une soirée professionnelle ensemble dans un bar, à laquelle il m’avait conviée. J’étais entourée d’hommes, dans le milieu de l’architecture les femmes sont plus rares. La soirée a été arrosée et de ces heures tardives, il y a une chose que je n’oublierai jamais. J’étais seule au fond du bar, je regardais tous ces gens s’amuser et laisser leur corps bouger au son de la musique. Je profitais de ces nouvelles sensations, je me sentais grandie par cette entrée dans la vie professionnelle. Ton papa s’est approché de moi, il a pris mes bras dans ses mains et les a mis autour de son cou, il a posé ses lèvres sur les miennes avec la douceur d’un enfant, la délicatesse d’un papillon et j’ai senti mon corps tout entier fondre. Je garde un souvenir tellement parfait de ce baiser que je n’ai jamais depuis remis les pieds dans ce lieu dont la simple évocation du nom me plonge dans une méditation mélancolique.  

 Le problème c’est que parfois les grands ont peur de leurs sentiments et surtout de l’amour qui leur fait faire des choses pas raisonnables. Ton père a eu peur que je sème le doute dans sa tête, que je chamboule son cœur et la vie a repris son cour sans que nous ne fassions plus jamais allusion à cette épisode. J’ai donc continué à aller travailler comme d’habitude, à voir ton papa s’occuper de son bébé entreprise avec beaucoup de courage.

J’ai continué à faire ce que je devais faire et à apprendre plein de choses. De leur côté, mes amies m’ont mise en garde après cette soirée et pendant les semaines qui ont suivi, mise en garde contre cet homme qu’elles ne connaissaient pourtant pas, contre les possibles évolutions de notre relation. Je dois avouer que je parlais beaucoup de lui et que j’y pensais un peu plus que de raison.  C’est vrai qu’il est plus âgé que moi, plus vieux dirait-il encore une fois, obsédé qu’il est par le temps qui passe. C’est vrai que 13 ans c’est long, qu’en 13 ans on construit beaucoup de choses. Et puis, quand on a 21 ans on n’imagine pas être la maîtresse d’un homme, on préfèrerait sans doute un prince charmant rien que pour soi, un homme qui n’a jamais aimé, qui n’a jamais demandé une femme en mariage et que personne n’appelle encore papa. Mais la vie est bizarre tu sais et des fois on se surprend à vivre des choses que l’on ne croyait pas faites pour nous. 

Et puis les choses ont changé, les émotions ont pris un autre chemin, le terrain glissant de l’amour. Attends que je me rappelle, c’était le 21 juin je crois, oui c’est bien ça, le jour de l’été, plutôt joli pour une déclaration ! J’étais au travail et ton papa m’a appelée dans son bureau avec sa voix de celui qui gronde, sa voix de chef et tout le monde m’a regardée avec des yeux pleins de pitié, puisque j’allais me faire punir pour une bêtise que j’avais du faire. J’ai gravi l’escalier le cœur battant mais sans peur. Peut-être qu’au fond de moi je savais que rien de mal ne m’attendait. Ton papa sait être dur mais cette fois là il avait les yeux embués de larmes, comme s’il allait pleurer. Il m’a dit à quel point il pensait à moi, plus qu’à moi d’ailleurs, comme cela le troublait…Et surtout qu’il ne pouvait plus rien y faire. Il m’a pris dans ses bras longuement puis m’a quittée pour partir à un rendez-vous. Moi je suis restée là, assise dans son bureau, pour laisser le temps à mon cœur de cesser de crier, je ne pouvais plus le calmer celui-là. Nous étions un jeudi et notre histoire a continué très simplement, disons plutôt très naturellement.

medium_Graine_2.jpgNous avons entamé notre histoire d’amour. L’été débutait et mon stage se terminait. L’amour ça devrait être simple mais parfois c’est un combat. Les gens ont été méchants, durs, ils m’ont fait croire que ce que je faisais était mal. Je n’étais plus l’objet précieux mais la briseuse de couple, l’odieuse, celle par qui le mal arrivait. Pourtant je ne faisais rien de mal, j’acceptais juste l’amour qu’un homme avait décidé de me donner, de son propre gré, d’une décision d’adulte. Et puis cela ne durerait pas, il m’oublierait après l’été, ils avaient sans doute tous raison, je n’étais là que pour valoriser le patron, moi la jeune et jolie stagiaire, le temps d’une saison, il ne quitterait pas sa femme, de toute façon je ne lui demandais pas une telle chose. J’étais encore en pleine censure, je ne me laissais pas le droit de ressentir quoi que ce soit, je n’étais pas consciente de la puissance des sentiments cachés au fond de moi et qui n’attendaient qu’un signe de ma part pour se déclarer. Mais le plus important c’est que je ne voulais pas être la voleuse de mari du haut de mes 21 ans.   Je suppose que tu n’as pas envie d’entendre tout ça et je ne devrais peut-être pas te le raconter mais les difficultés qu’a traversé notre amour le rendent beau et je voulais que tu saches comme nous nous sommes battus contre le monde bien pensant. Tu connais la suite, enfin tu t’en doutes, un jour il m’a invité à déjeuner et il m’a dit qu’il m’aimait. Il m’a aussi annoncé qu’il souhaitait divorcer. Je crois que je n’ai pas pu retenir les larmes qui me sont venues au moment où je lui ai dit que je l’aimais aussi. Nos voisins de table en étaient émus, mon amour débordait tellement qu’il m’en sortait par les yeux. J’avais en face de moi un homme, mon homme, brun aux yeux noirs, tellement sûr de lui et à la fois tellement « petit ». Il aime bien ce mot « petit » et je trouve qu’il lui va bien. Je trouve qu’il ressemble à un petit garçon parfois. Surtout en ce moment…   

 

Cela fait un an qu’il est parti, qu’il a décidé de me quitter, parce que notre couple traversait trop d’épreuves et que nous risquions de nous faire du mal. Depuis un an, il a essayé de revenir car il dit qu’il ne peut pas vivre sans moi mais il a peur. Je ne sais pas vraiment de quoi il a peur mais je crois que le petit garçon qui habite en lui a gagné la partie. Je me dis parfois que ton papa a perdu une partie de son courage et de sa confiance le jour où son entreprise a frôlé la faillite. Quelque chose s’est brisé en lui à ce moment là.  Et puis ce n’est pas facile de quitter une femme et des enfants, même si on sait que cela serait arrivé avec ou sans la rencontre avec la jeune stagiaire, mais on se dit que l’on est quelqu’un de mauvais, que l’on ne mérite pas d’être heureux avec cette nouvelle femme, que l’on fait du mal aux enfants, que l’on est un mauvais papa. Et puis il y a toujours ces gens autours qui disent que ce que l’on fait est mal et qu’on doit laisser la jeune stagiaire vivre sa vie de jeune fille, qu’on doit lui rendre sa liberté, qu’elle sera plus heureuse sans nous, que cette histoire ne marchera pas. Alors on écoute ces gens, mais finalement on revient régulièrement chercher la stagiaire qui fait du bien à notre cœur car on n’a pas envie de la laisser, car elle nous manque beaucoup, car on est heureux avec elle. Mais à chaque fois, on se prend un grand coup sur la tête et une petite voix nous dit : « Tu n’as pas le droit d’être là, vas t’en, laisse-la tranquille ». On ne sait pas vraiment d’où vient cette voix. Ce n’est certainement pas celle de la stagiaire car elle, elle veut vraiment qu’on revienne mais peut-être un mélange de plusieurs voix : celles des parents qui préfèreraient nous voir revenir à la raison, celles des amis dans leur langue de la morale, celle du docteur pour la tête qui donne des conseils, tout ça à la fois… 

Ah !, excuse-moi, je m’égare, je perds même le fil de mon histoire. Je ne t’ennuie pas au moins ? Cette histoire t’intéresse ? Tu sais, je te remercie de m’écouter, cela me fait du bien d’en parler, surtout à toi.  J’en étais…à l’été, au restaurant, à la vraie déclaration, à l’officialisation. L’été a pris fin et mon stage avec. Ton papa est venu s’installer chez moi, dans un petit deux pièces et nous avons commencé cette nouvelle vie à deux. Je le trouvais tellement beau, je me sentais en harmonie avec lui.  Je finissais plus tôt que lui le soir et je l’attendais à la maison avec l’impatience d’un petit chien. Nous étions heureux tous les deux et même si les gens n’étaient pas tendre avec nous, nous arrivions à profiter enfin de notre amour. Je laissais sortir mes sentiments, mes émotions et c’était très agréable de les sentir couler dans mes veines.

Je ne connaissais pas tes grands-parents, je crois qu’ils n’avaient pas très envie de me rencontrer, je ne connaissais pas non plus les amis de ton papa, c’était difficile pour eux de se faire à cette idée et parfois je me sentais un peu isolée. J’avais l’impression qu’il fallait que je me cache, que je n’étais pas à ma place, que j’avais fait du mal et qu’un jour je le paierai. Mais c’était dur aussi pour lui  : tu sais comment c’est, ses enfants lui manquaient, il devait réapprendre une nouvelle vie sans eux, sans les voir grandir tous les jours et ce n’est pas facile pour un papa. Je crois qu’au fond de moi je sentais tout ça et quand il est parti au bout de quelques mois pour retourner vivre dans son ancienne maison, je n’ai pas été surprise. Cela a duré quelques mois, il est revenu puis reparti et je crois qu’à l’époque cette petite voix devait déjà lui parler et c’est elle qui guidait ses actions. Alors même s’il était amoureux de moi, il fallait qu’il soit près de ses petits. A cause de cela, il était comme coupé en deux, car quand il était loin de moi il s’en voulait de me laisser, mais près de moi il avait l’impression d’abandonner ses enfants. Bien sûr il habitait dans une chambre seul là-bas, il était juste là pour ses enfants, par pour sa femme, leur histoire était finie, alors j’ai accepté de continuer à le voir en parallèle comme des étudiants qui vivent chez leurs parents et qui ne se voient que la journée. 

medium_Graine_3.jpgMaintenant je peux le dire que c’était très dur pour moi, qu’il fallait que je joue à la grande, que mon amour ne me laissait pas le choix mais que l’insécurité de la situation me faisait parfois terriblement mal. Comme je l’ai déjà dit on rêve toujours d’être une princesse et d’être traitée comme tel mais parfois je me sentais plutôt crapaud. Un jour j’ai même décidé d’arrêter tout ça, de ne plus le voir. C’était pendant l’été 2001 mais ça n’a pas duré longtemps, je suis revenue, nous nous sommes retrouvés. En revanche, ça a fait comme un accroc dans notre relation et on n’est pas très fort en couture tous les deux. On a eu du mal à oublier ces semaines de séparation, à rattraper ce temps qui semblait perdu à jamais. Mais je crois qu’il a eu comme un électrochoc et il est revenu s’installer à la maison à  la rentrée, dans un nouvel appartement. Le problème c’est que parfois quand on se cogne, on n’a pas mal sur le coup mais la douleur arrive plus tard. C’est ce qui m’est arrivé : j’ai été malade, pendant quelques mois. J’ai enfin laissé sortir le chagrin et l’angoisse de ces moments passés sans lui. Il était près de moi pourtant mais j’étais très triste, très touchée. Je n’étais plus étudiante mais je n’avais pas de travail et je crois qu’au fond de moi je me sentais encore un peu crapaud. Le problème c’est que je suis comme un fruit sans peau, il suffit de la pointe d’un couteau pour me blesser, j’étais devenue très sensible. Et puis, deux ans d’attente et de courage ça peut fatiguer.

Ton papa s’est beaucoup occupé de moi et c’est là que j’ai compris ce que cela voulait dire le mot « aimer ». Il travaillait pour deux, moi j’essayais de lui faire la vie douce, je lui préparais à manger, je rangeais la maison, je me faisais belle.    A cette époque, j’ai fais la connaissance des tes demi-frères, ces petits bonhommes qui avaient le même sang que ton papa. Au début ça a été difficile car je me sentais décalée, j’avais encore l’impression de ne pas être à ma place, car je n’étais pas la maman. J’avais presque 23 ans et à cet âge on est encore jeune et surtout pas préparée à s’occuper de trois petits garçons d’un coup, surtout qu’ils devaient sans doute penser eux aussi que j’étais celle par qui le mal était arrivé. Mais tu le sais, les enfants peuvent faire des miracles et nous nous sommes beaucoup rapprochés tous les quatre.

Les choses se sont arrangées et j’ai même eu le droit à des câlins. On avait reconstruit une petite famille à part. Au printemps 2002 nous avons même emménagé dans un grand appartement pour qu’ils puissent venir dormir chez nous. Les choses se sont calmées autour de nous. Les amis de ton papa ont accepté de me rencontrer et je me sentais mieux. Nous sommes allés à des soirées, à des dîners, nous avions passé un beau Noël dans ma famille. L’amour que je portais à ton papa était toujours aussi fort et aussi puissant. J’avais toujours envie de lui plaire et c’était la même chose de son côté. Il aimait bien me montrer à quel point il plaisait aux femmes pour me rendre encore plus amoureuse et ne pas me perdre, mais je ne voyais pas ça comme ça et j’étais jalouse. C’est bête hein ? Mais tu sais, j’avais beau être la jeune ex-stagiaire, je pensais n’avoir aucun avantage sur les autres femmes car au bout du compte ton papa pouvait m’être volé à n’importe quel moment. On m’avait prédit que l’ayant pris à une autre femme, il me serait pris un jour... Je sais, je radote beaucoup et je dois te paraître bien négative mais les gens ont réussi à me mettre de vilaines choses dans la tête et c’est parfois dur de les faire sortir.

A cette époque l’entreprise commençait à aller mal et ton papa travaillait beaucoup. Il rentrait tard le soir et parfois même travaillait le week-end. Alors j’allais le rejoindre dans cette agence qui avait vu naître notre amour et je m’occupais pendant qu’il choisissait des couleurs de moquettes, de carrelages, des luminaires. Je ne m’ennuyais jamais avec lui, nous passions nos week-ends collés l’un à l’autre, dans la maison de campagne ou à Paris, nous allions acheter des plantes, des livres, des disques, nous allions au cinéma, nous embrasser dans le noir, nous allions manger des sushi, essayer des vêtements. Il me trouvait toujours belle et aimait que je porte de jolies choses, nous aimions beaucoup nous séduire. Quand le lundi revenait, la tristesse m’envahissait. J’avais trouvé un emploi mais cette fois-ci le patron avait décidé de me faire la vie dure. Je travaillais dans un bureau avec des filles et j’avais l’impression d’être enfermée dans un sérail malsain dont je ne pouvais pas m’échapper et duquel je n’avais plus accès à mon homme. Je me sentais mal dans mon travail et j’avais l’impression que ton papa s’amusait, rencontrait des gens et j’en devenais paranoïaque. J’ai été dure avec lui, pénible et suspicieuse, injuste sans doute.

Aujourd’hui j’ai compris que mon comportement était pour beaucoup dû à l’opinion que j’avais de moi. Je ne m’étais jamais senti la légitime dans cette histoire et j’attendais avec angoisse le moment où on me ravirait l’objet de mon amour. Il y avait tellement d’amour entre nous, mais aussi beaucoup de dépendance et par conséquent, de la souffrance car je savais que je ne survivrais pas à son départ. Nous avons néanmoins passé des moments merveilleux, le bonheur m’a étreint tellement fort par moment que j’avais l’impression que le soleil me brûlait les viscères. J’ai enfin pu affirmer que j’étais heureuse. Finalement je ne sais pas à quel moment j’ai su que c’était lui, lui qui complétait parfaitement mon puzzle, par les yeux duquel je voulais me voir vieillir mais je crois que je l’ai su le jour ou j’ai pleuré d’amour, ce fameux jour de juin 2000, le jour où nos corps se sont touchés pour la première fois d’ailleurs, le jour de ta conception. Agréable coïncidence ? Je ne sais pas, peut-être pas si sûr… Tomber enceinte comme ça, la première fois, j’ai parfois l’envie de croire à une parfaite compatibilité, une certaine forme en tout cas. Quant à la compatibilité de nos personnalités, je suis moins catégorique. C’est vrai qu’on a nos caractères et que ça a parfois crée des tensions entre nous, souvent, mais faire cohabiter deux ego dans une même bulle d’amour ce n’est pas toujours facile.

medium_Graine_4.jpgEn tout cas, de l’amour il y en avait, du respect aussi malgré certaines apparences, j’arrivais même à supporter ses défauts, je l’acceptais tel qu’il était et je souffrais de le voir se déprécier par moment. Ton papa est parfois investi d’une telle confiance en lui que rien ne lui paraît impossible, à l’inverse je sens en lui par moments un sentiment de nullité qui m’arrache le cœur. Dans ces moments j’ai envie de le prendre dans mes bras, de le bercer et le rassurer. De mon côté, j’ai plus de tempérance, je suis plus équilibrée dans mon déséquilibre, j’ai de façon constante l’impression de ne pas être à la hauteur.

En revanche quand je crois en quelque chose je suis prête à faire beaucoup pour m’y dévouer. C’est de l’énergie que je mets à des fins heureuses, en l’occurrence, notre amour. 

Au fil des mois, les problèmes financiers s’aggravaient mais nous avons passé un été 2002 très heureux, notamment une semaine dans le sud idyllique. Ton papa avait le don de se réjouir de mon bonheur et pendant cette semaine il a tout fait pour que la vie me soit la plus douce possible. Finalement nous n’avions jamais eu l’occasion de partir en vacances ensemble et j’aurai aimé que cela dure éternellement. A la rentrée il a continué à travailler encore et toujours. Il se souciait de son futur, il s’inquiétait beaucoup pour ses enfants et pour nous. L’homme doit subvenir aux besoins de la famille et il souffrait de ne pas mettre ceux qu’il aimait à l’abri. Je n’arrivais pas à le rassurer, à lui faire comprendre que l’important pour nous c’était  qu’il soit là, il était comme un puits sans fond, les mots doux ne se fixaient pas en lui et j’avais la désagréable sensation que rien ne pouvait l’apaiser. De mon côté, j’accumulais les tensions au travail et les absences répétées de ton papa me rendaient vulnérable, je me sentais inutile car je ne pouvais pas l’aider, je ne jouais aucun rôle dans cette partie là de sa vie et au fond de moi je lui en voulais  de ne pas me faire sentir que j’étais importante pour lui et que sans moi il n’y arriverait pas. Chacun en voulait sans doute à l’autre, sans le formuler, de cette vie qui devenait de plus en plus difficile avec l’arrivée de l’hiver. Nous manquions de moyens pour restaurer l’appartement qui avait pourtant bien besoin d’être rafraîchi et les loisirs qui auraient pu adoucir nos journées ne nous étaient plus accessibles. Alors il restait la nuit, le moment de réconfort suprême ou nous savions que l’autre est à côté, qu’il se repose, qu’il est en sécurité. Je crois que paradoxalement nous avions tous les deux un immense besoin de sécurité, d’être aimé, soutenu mais également une envie viscérale de protéger l’autre. Tu sais les femmes peuvent aussi protéger les hommes, à leur façon. 

 L’année 2003 a pointé le bout de son nez et les ennuis avec. Au mois de mars, nous avons été tenus de quitter l’appartement, le loyer était devenu ingérable. Nous avons trouvé un studio à l’autre bout de la région, une pièce vide, un endroit non choisi, presque imposé par l’urgence du déménagement et qui n’est encore pour moi aujourd’hui qu’un refuge provisoire que j’aspire à quitter dés que je le pourrai.    C’est là, dans cette ville inconnue, dans cette nouvelle et déstabilisante vie qu’il est parti, qu’il a décidé de rompre nos liens, de prendre un autre chemin. Je ne sais pas vraiment s’il faut que je t’en parle, d’ailleurs je ne suis pas sûre d’avoir envie d’en parler. L’incision a été brutale, la déchirure glaciale, la séparation suffocante, l’amour peut faire mal tu vois, c’est assez ironique quand même. Je ne savais pas ce qui m’attendait, je ne voulais pas le savoir, je ne le sais toujours pas. Tu te doutes qu’au fond de moi je sais ce que je souhaite, le scénario idéal est déjà écrit en moi, pour moi la vie sans lui ce n’est pas ma vie, pas la vraie, pas celle que je devrais vivre. Ca fait parfois sourire les gens, cette ex jeune et jolie stagiaire qui rêve au prince charmant. Pourtant moi je sais que je l’ai rencontré ce prince. Il n’est peut-être pas si charmant, il a un sacré caractère, il fait aussi ressortir le mien mais il me rend heureuse. Il ne le sait plus, il est aveuglé par la tristesse et la lassitude qui ont rempli son cœur depuis un an, il n’arrive plus à se souvenir des jolies choses, à les croire encore futures et infinies, mais mon petit doigt me dit qu’il y arrivera un jour. 

medium_Graine_5.jpgTu sais, tu l’aurais vu cet amour, tu l’aurais senti et vécu, tu t’en serais nourri, tu en serais né, si nous t’avions laissé venir au monde...  Mais un jour tu comprendras pourquoi c’est mieux comme ça, pourquoi tu es mieux là où tu es, là où je t’imagine. L’amour est puissant mais parce que la vie est fragile, parce qu’elle est précieuse, il ne faut pas la donner à la légère.  

 

 

 

18 janvier 2006

Attention au départ

Le train bleu et gris quitte les tunnels de l’Ouest parisien et se lance à grande vitesse sur les rails, suivant la course du soleil, pour me porter vers ma province natale et réparatrice. Parfaitement mal assise, manquant de place pour dérouler mes jambes, la joue contre la fenêtre fraîche, rien ne peut m’atteindre car tu es à mes côtés.

 

Je viens de te laisser sur le quai de la gare mais ton parfum chatouille encore mes narines et la chaleur de tes bras m’entoure le cœur. Je n’ai jamais aimé les départs mais la perspective délicieuse des retrouvailles futures me fait presque apprécier le pincement qui m’a serré le cœur quand j’ai vu ton visage s’éloigner. La bande son n’était pas des plus romantiques, les contrôleurs n’ont jamais des voix très sexy, mais avec ou sans violon ton sourire me ravit. Ma voisine me regarde de travers et doit se demander pourquoi je souris seule, les yeux dans le vide. Elle n’a rien compris, ce doit être une des ces femmes aigries, qui n’a jamais été amoureuse.

 

Moi je le suis amoureuse, de toi bien sûr ! Quelques mois d’amour déjà, un cœur qui déborde de sentiments, j’en aurais presque la nausée. Je ne pense qu’à toi, tu ne penses qu’à moi, j’ai une entière confiance en toi et je sais que tu ne me feras pas de mal. Aujourd’hui tu m’as conduite à la gare, tu me prenais la main à chaque feu rouge et tes yeux me disaient que je te manquais déjà. Tu as porté ma valise, un vrai gentleman. Certains diraient que ce sont les premiers mois, qu’après quelques temps l’homme n’accompagne plus sa dulcinée quand elle prend le train ou l’avion, mais cela m’est égal, ce soir tu étais là et je n’imagine pas que cela ait pu se passer autrement.

 

La nuit est en train de tomber au dehors et je ne peux plus distinguer que des silhouettes d’arbres, mais des nuages lumineux m’indiquent par moment qu’un village est proche. J’imagine alors une vie à ses gens qui vivent là, où que nous puissions être. Peut-être sont-ils des fermiers vivant une vie rude et froide. Il se peut que la femme qui vit dans l’une de ces maisons soit mariée à un homme qu’elle déteste. Elle lit peut-être des romans à l’eau de rose en rêvant de quitter la brute qui partage sa vie, en pensant à son amour de jeunesse qui la regardait les yeux pleins de promesses. Elle se dit peut-être qu’elle a gâché sa vie, qu’elle aurait dû l’épouser, même s’il n’avait pas d’argent et faisait un peu plus la fête que de raison. Ce scénario purement imaginaire me réconforte, étant sorti de mon esprit tordu et donc étant purement fictif, je peux sans honte me réjouir de vivre l’exact opposé de cette vie là.

 

Je vis avec l’homme que j’aime. J’ai rencontré la personne idéale, la pièce manquante à mon puzzle. Je voyage depuis dans une bulle d’amour dont je ne suis pas prête de redescendre. Quand les heures passées au travail jouent sur mon moral et que je me sens découragée, le simple fait de penser à lui m’insuffle une joie de vivre incommensurable. La seule vision des heures, des jours à venir me laisse entrevoir un bonheur et un plaisir qui sauront me combler. Il est tendre, il est attentionné, il est drôle, il me fait vraiment rire, c’est important pour moi. Il est cultivé aussi, j’adore quand il me parle de musique, de livres, c’est comme s’il avait la science infuse, comme si rien ne lui était étranger. C’est un homme passionné, parfois nous nous disputons, mais il a l’intelligence de savoir ne jamais être méchant. Il est toujours prêt à envisager le fait de faire des concessions, il prend le temps de m’écouter, il est tout simplement mature. Parfois j’ai envie de remercier sa mère pour l’avoir si bien élevé, surtout de l’avoir fait seule. De part cela il a acquit un respect immuable pour les femmes, ce qui me fascine et me plaît. Mes amies m’envient souvent, me demande de leur présenter son frère. Mais il n’a pas de frère ! Il va me manquer, mais je ne pars que quelques jours. Mon téléphone vibre dans ma poche, mon cœur se met à battre.

 

A peine une heure que nous nous sommes quittés et il m’envoie déjà tout son amour par sms. Merci la technologie. Je souris de plus belle, j’aimerais être dans ses bras, j’aimerais l’embrasser, j’aimerais me blottir dans son cou, le nez contre sa peau douce sentir son odeur. Je cherche comment lui dire tout ce qu’il y a dans ma tête, je colle à nouveau mon front contre le carreau pour me rafraîchir les idées.

 

C’est à ce moment là que la voix du contrôleur me fait sursauter, me réveille et j’entends le son d’une alarme qui m’est familière. J’ouvre mes yeux qui se posent alors au dehors, sur le béton gris d’un quai de gare où un retardataire jette de rage son sac, il vient manifestement de manquer son train. La voix annonce que le train s’apprête à quitter Paris en direction de Brest. Je suis parfaitement mal assise, manquant de place pour dérouler mes jambes, je me suis juste endormie quelques minutes. Je suis épuisée car je n’ai pas dormi cette nuit. Je pars me réfugier dans mon pays, car je n’ai plus la force de rien. Tu m’as quittée hier.